Il fallait que ça arrive un jour.

L’Etoile Filante de Lomé en quête de ses triomphes d’antan, qui refuse désormais d’aller chercher ses coaches dans la friperie, ça devait arriver. Et devant, qu’est-ce qu’on voit ? L’image du président de ce club Maitre Wilson-Bahun, posant après signature, avec le « Golden boy ». L’homme adulé par l’Afrique, très aimé dans son pays le Ghana. En tant que joueur d’abord, ensuite, en tant qu’entraineur, Ibrahim Abdul Razak reste éblouissant. Il l’était quand il était passé au Togo en 1993 coacher les Bleus qu’il avait rendus invulnérables. Depuis, il était attendu dans la zone commerciale de la capitale togolaise, et le revoilà, le ballon d’or africain de 1978 ! Et c’est pour servir trois saisons durant cette Etoile qu’il dit porter dans son cœur, avant d’avoir le plaisir de la retrouver 25 ans plus tard… Ça devait donc arriver un jour. Et c’est arrivé le mercredi 31 juillet dernier lorsqu’il posa sa signature sur un papier le liant trois saisons avec la dame bleue. Il fallait vraiment que ça arrive. Que le « Golden boy » soit de retour au pays des Etoiles.

Il fallait que ça aussi arrive un jour. Nécessairement !
Claude Le Roy, vilipendé par 30 milles spectateurs devant son divin protecteur, son Excellence, le président de la République Faure Gnassingbé. Vraiment, il fallait que ça arrive. Et c’est arrivé un samedi de gala de foot entre la plus belle génération des Eperviers du Togo, Agassa Kossi, Nibombé Daré, Sénaya Junior, Oloufadé Adékanmi, Coubadja-Touré Abdel Kader et son frère Shérif, Dossévi Thomas…et quelques légendes du continent, Joseph-Antoine Bell, Patrick Mboma, El Hadj Djiouf, Cyrille Domoraud, Daniel Amokachi, Shabani Nonda, Mohamed Aboutrika… C’est devant toutes ces légendes que Claude Le Roy a été houspillé, malmené et brutalisé verbalement.

 

Il fallait donc que ça arrive un jour.
On a toujours craint qu’un jour, l’arrogant technicien français de plus de 71 ans, se ferait agresser dans nos rues ou sur nos routes, pire, au sortir d’une boite de nuit…et l’histoire raconterait qu’il aurait terminé sa carrière dans le sang, victime de la colère du peuple sportif togolais. Mais, le Togolais a sa nature. Le Togolais a ses vertus. Les fils et fils de mon pays, ont la capacité d’endurer le mal qu’on leur fait, sans un seul grincement de dents. Ils ont la capacité d’attendre, de patienter, oui, de patienter encore et encore ; de patienter encore et toujours, jusqu’à la débordante de ce mal qui les fait souffrir. Qui les ronge. Les Togolais, c’est ce peuple qui n’oublie pas qu’il a vécu des années sombres, d’inégalité et d’injustice, sans dire mot. C’est ce peuple soumis, qui sait se taire, même dans l’extrême douleur. Bien que bouillonnant de révolte à l’intérieur. C’est encore eux, ce peuple docile qui, pour un rien, pour une passion volée, peut se faire entendre.
On savait donc que ça allait arriver un jour. Et que les fils et filles de ce Togo silencieux, ne rateraient pas l’occasion de crier leur ras-le-bol à ceux qui ont troqué l’avenir de leurs Eperviers contre une incompréhensive redevance à la France symbolisée par un de ses parvenus du prénom de Claude.

Beaucoup savaient mais n’osaient pas le dire tout haut au risque de contrarier le « prince » de la Cité. C’est de lui, de lui seul, le premier responsable, le premier sportif du pays, que devrait venir le salut. C’est sous sa couverture, c’est sous son silence qu’étaient nées et grandissent la témérité et l’arrogance du vieux technicien français. Lequel, s’est durant plus de trois années, comporté comme un souverain sélectionneur, on dirait, l’étranger le plus indépendant du monde.
Pas un seul rapport de ses activités, de ses échecs ni au ministre des Sports ni au président de la FTF. Aucune explication à la presse par rapport à ses choix à ses méthodes et à ses multiples déconvenues, le tout arrosé par un refus de démissionner clamé tout haut. Il fallait que ça arrive donc un jour. Et dimanche dernier, lors du Togo-Bénin, ça faisait déjà deux fois en une semaine que Claude Le Roy est chahuté. Juste en quatre mots. Des mots qui disent tout : Claude Le Roy, démission !
Il est finalement à retenir de l’histoire de ce technicien à la préretraite que c’est sur la plus grande place publique du pays qu’il est mis à nu. Au stade de Kégué justement. Et c’est d’abord devant le président de la République, le premier ministre, les membres du gouvernement, la présidente et les députés à l’Assemblée nationale et toute une pléiade de responsables, dirigeants politiques et sportifs, directeurs de société et plus de 30.000 spectateurs qu’il a pris sa surdose de honte un samedi…

Dosseh

Puis un dimanche, ce fut sous le regard de nos sœurs et frères béninois venus regarder leurs Ecureuils triompher mais qui se sont plutôt consolés d’un supplément de spectacle qui renvoie le technicien français d’où il vient. Une sacrée honte. Celle qui lui montre évidemment le chemin menant à son pays natal. Les cris de colère du peuple sportif togolais « Claude Le Roy, démission ! » jamais, ne les oubliera. Ces cris le suivront partout et tout le reste du temps qu’il aura à vivre, c’est certain. C’est certain également que le chef de l’Etat Faure Gnassingbé ne puisse continuer par entretenir une coopération aussi étrange, et aussi personnelle avec un vieux technicien français, contre la volonté de son charmant peuple.
Il fallait que ça aussi arrive un jour.
Le Colonel Guy Akpovy, s’emportant contre un sélectionneur au Togo, il fallait que ça arrive un jour. Sauf que, le président de la FTF, s’était trompé de cible après la manche aller des préliminaires du CHAN 2020 « Bénin-Togo ». Les facilités offertes à Claude Le Roy pour diriger les Eperviers du Togo lors des éliminatoires de la CAN 2019 et des journées FIFA, ne sont pas comparables aux miettes que reçoit (difficilement) Abalo Dosseh pour coacher ses internationaux locaux. Et pour une fois que ce groupe avait réalisé son meilleur résultat (0-0) à Porto Novo, c’est paradoxalement l’occasion choisie par le Colonel pour lever le ton et menacer le pauvre entraineur togolais. Ses mots « Je crois que le coach Abalo a intérêt à nous faire gagner ce match retour. Il y va sérieusement de son intérêt ! Moi, je dis, si on n’est pas qualifiés pour le tour suivant des éliminatoires du CHAN, je ne sais pas ce qu’on fait », sont un véritable contraste. Le confrère John Attisso d’Africa Top Sports, avait bien fait de le souligner dans un de ses articles en milieu de semaine dernière.

En fait, il fallait que ça arrive un jour, et c’est sans doute pour « motiver » davantage le coach de l’équipe nationale locale et ses…locaux, qu’ils ont été ainsi tourmentés. Le pouvoir au Comex, on a compris enfin, a ses limites. Et comme, ça se dit, « un chaton ne peut défier que de petites souris ». La grosse, Claude Le Roy, est trop forte, terriblement inaccessible pour le Comex… L’ancien capitaine des Eperviers du Togo, a sans doute pigé la leçon. Ses poulains aussi. Et même si c’est dans la douleur qu’ils sont arrivés à éliminer les Ecureuils (1-0) dimanche au stade de Kégué, ils ont, eux, rempli leur mission. Et naturellement, il fallait que ça arrive ce dimanche. Afin d’apaiser le cœur de tous les Togolais, et par ricochet, celui du Colonel-président…