Oncle Claude, je me rends…

L’image illustrant cette chronique, c’est celle d’un sélectionneur on dirait, comblé, levant deux points en direction du ciel, comme s’il venait de porter son équipe au triomphe d’une finale de Coupe d’Afrique des Nations. La vérité est que cette photo a été prise à la 64e mn du match Kenya-Togo de la 2 journée des éliminatoires de la CAN 2021 soldé par un score d’un but partout, et qui classe les Eperviers du Togo à la dernière place de leur groupe. Ce qui n’a nullement empêché leur entraineur, Claude Le Roy de jubiler de la sorte. Rien que pour cette image, je me rends au vieux technicien français.

Oncle Claude, je me rends.
Deux journées de ces éliminatoires disputées. D’abord, à Lomé contre les Cœlacanthes des Comores, ensuite, en terre kenyane devant les Harambee Stars ; en tout et pour tout, un point enclenché sur 6, avec pour conséquence, une dernière place occupée, sans s’être déjà frotté à l’Egypte… Une situation que le vieux technicien français ne trouve aucunement alarmante. Au contraire, il s’en défend, estimant que « Même l’Egypte a deux points après deux matchs » et que « Le Togo n’est qu’à trois points du premier »… Et donc, pour lui, coach des Eperviers, « Ce n’est pas aussi un mauvais début comme beaucoup le disent ». Au regard de tous ses propos, il n’est pas aussi difficile d’expliquer l’image de Claude Le Roy, levant ses deux points vers le ciel à l’issue de la défaite face aux Comoriens. Pour l’image et pour les envolées incohérentes du vieux technicien français, je me rends.

Oncle Claude, je me rends.
Pour avoir lu et entendu tant de choses, tant de critiques sur ce « vieux sorcier blanc » pour en avoir écrit moi-même ; pour avoir été témoin de l’expression de dépit et de colère de tout un peuple rassemblé au stade de Kégué et criant devant le président de la République, « Claude Le Roy, démission ! » sans que tout ceci ne l’ébranle, je me rends. Je me rends comme un soldat fatigué de la guerre. Je me rends comme un étranger sans passeport, surpris quelque part au Togo. Je me rends comme un enfant perdu, recueilli par des inconnus.
Je me rends à toi, oncle Claude.
A présent, je suis lassé des habitudes de la « maison ». Celles qui empêchent le ministre des Sports, le président de la FTF et ses membres, et même l’Assemblée nationale, de faire la moindre réflexion sur le mal et l’abîme dans lequel cet ancêtre plonge leur équipe nationale. Je suis finalement très fatigué de l’éternel silence du premier décideur du pays, face aux nombreux appels au secours de son peuple. Alors, je me rends. Je me rends aux échecs passés et aux défaites à venir du vieux technicien français.

Oncle Claude, je me rends.
Je crois avoir finalement compris que la mission essentielle du patron des Eperviers, c’est d’égrener un point en deux matchs des qualifications à la CAN. C’est fait, et naturellement c’est pour lui, un bon début. Et nous y revoilà après les Iles Comores et le Kenya ! Comme il y a deux ans après l’Algérie et le Bénin. Nous y voilà de nouveau avec le point « heureux » qui interdit de rêver grand. Ça s’appelle la répétition de l’histoire. Et à force de voir le sélectionneur du Togo répéter, j’ai fini par apprendre et à m’accommoder. Raison pour laquelle je me rends à lui.

Oncle Claude, je me rends.
Je me rends comme un soldat fatigué de la guerre. Je me rends comme un étranger sans passeport, surpris quelque part au Togo. Je me rends comme un enfant perdu, recueilli par des inconnus. Je me rends à toi, oncle Claude. A ton inintelligence, à ton orgueil, à tes incohérences, à tes mauvais choix, à ton manque de tactique de jeu, au football archaïque que tu prônes, à tes faiblesses et surtout, à ton amitié avec la plus haute autorité du pays, je me rends.
Oncle Claude, je me rends.