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23 janvier 2021

Violences à l’égard des femmes et des filles, analyse de la situation au Togo et perspectives de lutte

Chaque 25 novembre a lieu la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Cette célébration d’après l’OMS a pour source un événement particulier, l’assassinat le 25 novembre 1960 des sœurs Mirabal en République Dominicaine. En 1993, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qui définit le terme « violence à l’égard des femmes »  comme étant « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée ». Le 17 décembre 1999, elle proclame le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes. Dans la foulée, l’ONU a invité les gouvernements, les organisations internationales et les ONG à organiser des activités pour sensibiliser le public au problème de cette journée. En octobre 2006 a été présenté une étude sur toutes les formes de violence contre les femmes, comprenant des recommandations concrètes à l’intention des États, concernant notamment des recours efficaces et des mesures de prévention et de réadaptation. Quatorze (14) années plus tard, aucun pays du monde ne semble échapper à l’explosion des agressions subies par les femmes, donnant cette année une résonance particulière à la Journée internationale pour l’élimination des violences. Les 16 Jours d’activisme contre la violence basée sur le genre, instituée par l’ONU à l’occasion de la célébration de cette année ;se déroule du 25 novembre au 10 décembre et se déclineront selon le thème mondial retenu : « Orangez le monde : financez, intervenez, prévenez, collectez ! ».

La crise sanitaire a mis partout en lumière le fléau des violences sexistes et sexuelles.

En cette période de pandémie, on assiste à une flambée de ces violences un peu partout dans le monde notamment au Togo. Selon des données de l’ONU Femmes publiées fin septembre, le confinement a fait augmenter les plaintes ou appels aux autorités pour des violences domestiques de 30 % à Chypre, 33 % à Singapour, 30 % en France ou 25 % en Argentine. Dans tous les pays, contraints à prendre des mesures de restriction de déplacements pour enrayer la propagation du virus, à l’instar du Togo, des femmes et des enfants se sont retrouvés à huis clos. Partout, le fonctionnement au ralenti de certaines institutions, les fermetures d’entreprises, des lieux d’activités culturelles et sportives et des écoles ne permettent plus d’échappatoires aux victimes (les femmes et les filles), déjà affaiblies par l’insécurité économique et sociale engendrée par le virus. Au niveau mondial, seul un pays sur huit a mis en place des mesures pour atténuer les effets de la pandémie sur les femmes et les filles, selon l’ONU Femmes. En juillet 2020, les Nations unies ont averti que six mois de restrictions sanitaires pouvaient entraîner 31 millions de cas supplémentaires de violences sexistes dans le monde, 7 millions de grossesses non désirées, et mettre en péril la lutte contre les mutilations génitales féminines et les mariages forcés dans le monde.

Un phénomène aussi alarmant avant la pandémie et avec des conséquences néfastes sur les femmes et les filles

La pandémie de violence à l’égard des femmes n’est pas nouvelle. Avant même que l’épidémie de COVID-19 ne nous frappe, 243 millions de femmes et de filles avaient été maltraitées par leur compagnon au cours de l’année passée à travers le monde selon ONU Femmes. Aujourd’hui, la violence à l’égard des femmes et des filles constitue l’une des violations des droits humains les plus répandues, les plus persistantes et les plus dévastatrices dans le monde. Elle demeure également l’une des moins signalées en raison de l’impunité, du silence, de la stigmatisation et du sentiment de honte qui l’entourent. La violence à l’égard des femmes s’entend comme englobant, sans y être limitée, les formes de violences physiques, sexuelles et psychologiques, telles que: la violence d’un partenaire intime (coups, violences psychologiques, viol conjugal, féminicide); la violence sexuelle et le harcèlement (viol, actes sexuels forcés, avances sexuelles non désirées, abus sexuels sur enfants, mariage forcé, harcèlement dans la rue, harcèlement criminel, cyber-harcèlement);le trafic d’êtres humains (esclavage, exploitation sexuelle);la mutilation génitale féminine; et le mariage précoce. Bien que la violence sexiste puisse toucher n’importe qui, n’importe où, certaines caractéristiques des femmes, telles que leurs préférences sexuelles, la présence d’un handicap ou leur origine ethnique, ainsi que certains facteurs contextuels, par exemple les crises humanitaires, dont les situations de conflit et d’après-conflit, peuvent accroître la vulnérabilité des femmes face à la violence.

Les conséquences néfastes de la violence à l’égard des femmes sur le plan psychologique, sexuel et génésique affectent les femmes à tous les stades de leur vie. Par exemple, les désavantages éducatifs précoces constituent non seulement le principal obstacle à la scolarisation universelle et au droit à l’éducation des filles, mais ils sont également responsables de la limitation de l’accès à l’enseignement supérieur et se traduisent par des opportunités limitées pour les femmes sur le marché du travail. La violence à l’égard des femmes continue d’être un obstacle à la réalisation de l’égalité, au développement, à la paix et à la réalisation des droits fondamentaux des femmes et des filles. Au total, la promesse des objectifs de développement durable (ODD), ne laisser personne de côté, ne peut être remplie sans mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles.

La situation des violences à l’égard des femmes et des filles et les initiatives pour mettre fin au phénomène au Togo

Les violences faites aux femmes et aux filles au Togo sont multiformes. Elles concernent les violences conjugales, le harcèlement sexuel, le viol, le mariage forcé, le lévirat, les mutilations génitales féminines, les interdits alimentaires, les rites de veuvage, l’internement dans les couvents, etc. L’étude effectuée sur les violences basées sur le genre (VBG) en 2010 révèle que ; 41% de femmes ont subi des violences physiques au sein de leur ménage ;91% de femmes ont subi des violences psychologiques au sein de leur ménage. En outre, le rapport du Centre de Prise en charge Psycho-Socio-Judiciaire des victimes de violence (CPPSJ) de 2011 révèle 9 cas de victimes de violence psycho-morale. 33% de femmes ont subi des violences sexuelles au sein de leur ménage et 34% de femmes ont fait l’objet de violence économique. Ce type de violence prend différentes formes : les entraves à l’emploi, le refus déguisé de l’emploi et la confiscation de l’allocation familiale, de crédit ou d’autres revenues. 20% de femmes ont été victimes de la violence institutionnalisée, 16% des femmes ont été victimes d’abus de veuvage, 10 % de discrimination dans l’héritage et 8% de mariage forcé. Selon le rapport MISC4 en 2010, la proportion des jeunes femmes actuellement mariées qui ont l’âge compris entre 15 et 18 ans est de 11,5%. Le Centre d’Ecoute et de Conseil des Victimes de Violences Basées sur le Genre de Lomé-Tokoin a enregistré en 2011, 83 cas de violences dont 52 cas de violence physique. Le rapport du CPPSJ de 2011 a révélé 10 cas de violence physique qui ont sollicité ses services. Le CPPSJ a enregistré 44 cas au cours de l’année 2011 et le centre d’écoute et de conseils des femmes a relevé 15 cas sur 93 victimes reçues en 2009. Cinquante-deux (52) cas de violence institutionnalisée ont été enregistrés par le centre d’écoute de Dankpen sous le couvert de la tradition, certains rites d’initiation forcés, les placements dans les couvents. Les VBG viennent s’ajouter à cette liste de facteurs qui contribuent à l’augmentation de la mortalité maternelle, néonatale et infantile.

Elles posent un sérieux problème social et de santé publique, susceptible d’avoir des répercussions graves sur la santé de la reproduction et le bien-être des jeunes femmes. Pour le recours aux soins chez les femmes, dans 34,2% des cas, la décision d’aller se faire consulter vient des hommes. Aussi, 30,2% de femmes prennent-elles mêmes en charge les frais liés à leurs soins, sans le concours des maris. En 2010, le taux de prévalence des mutilations génitales féminines (MGF) étaient de 3,9% contre 6,9% en 2006 et 12% en 1996 selon les différentes études menées sur le fléau. Malgré les résultats positifs obtenus dans la lutte contre ce phénomène, il existe encore des foyers de résistance, notamment dans la région Centrale et dans les savanes.

Le combat de toutes les formes de violence faites aux femmes est une préoccupation majeure du gouvernement togolais et des organisations actives dans le domaine de l’égalité entre femmes et hommes et son élimination est considérée comme une priorité absolue. La violence à l’égard des femmes a pris une tournure inquiétante ces dernières années, ce qui a poussé le gouvernement à prendre des mesures idoines en vue de réduire sensiblement ce phénomène. Parmi ces mesures, nous pouvons citer entre autres, le Code des personnes et de la famille révisé et adopté en 2012 qui précise que les rapports sexuels entre époux sont libres et consensuels ; Le document de stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre élaboré en juin 2012 qui a pris en compte les nouvelles donnes telles que les recommandations issues de certaines études ; l’intégration des questions liées aux violences contre les filles et les femmes dans les programmes d’enseignement et les curricula de formation ; l’élaboration de la mise en œuvre d’un plan d’action national multisectoriel pour la prévention et la mise en place d’un cadre de suivi de violences basées sur le genre ; le document de stratégie ainsi que les différents programmes sectoriels qui prennent en compte, l’encouragement des femmes à signaler les cas de violence, la traduction des auteurs et complices en justice, la protection des victimes, les recours en justice et la réinsertion des victimes ; la mise en œuvre des actions de renforcement des capacités et les programmes de sensibilisation à l’intention des forces de sécurité, des avocats, du personnel de santé, des travailleurs sociaux, des fonctionnaires de la justice et du grand public ; la mise en place d’un système national intégré de protection de l’enfant qui inclue les services de la ligne verte, les centres de référencement, d’orientation et de prise en charge des enfants en situation difficile pour la protection de l’enfant qui sert de dénonciation anonyme des cas de mauvais traitement sur les enfants y compris les MGF. La lutte contre les violences à l’égard des femmes, sera confortée par l’adoption du nouveau code pénal en 2015 qui intègre les violences faites aux filles et aux femmes et de la loi relative à la lutte contre la traite des personnes au Togo.

Malgré le cadre législatif et juridique favorable, les performances atteintes par l’Etat et la Société Civile dans le domaine de protection des femmes contre les violences demeurent faibles. Ceci s’explique par la non application effective des lois couplées des pesanteurs socioculturelles qui empêchent le changement de mentalité et de comportement. A cela s’ajoutent les perceptions des femmes elles-mêmes des violences à leur égard, leur choix du mode de règlement, leur dépendance économique, leur méconnaissance des droits d’une part et d’autre part leur difficile accès au système judiciaire (géographique, financière et technique).

Des mesures préconisées par ONU Femmes pour mettre fin aux violences à l’égard des femmes et des filles.

Nous avons aujourd’hui l’opportunité de faire évoluer la situation et faire bouger les choses pendant cette pandémie de Covid-19 et l’état de crise prolongé qu’elle a généré partout dans le monde. Prenons la décision de soutenir les femmes et les filles victimes de violence, pour qu’elles puissent vivre en toute sécurité, sans violence. Pour ONU Femmes, la célébration de la journée internationale pour l’élimination des violences de cette année, doit être l’occasion de passer à l’action en profitant des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre.

Dix manières de changer les choses, en toute sécurité et avec l’impact voulu sont préconisées par ONU Femmes. Lorsqu’une femme raconte ce qu’il lui est arrivé, elle fait un premier pas pour briser le cycle de la violence. C’est à nous toutes et tous de lui donner l’espace sûr dont elle a besoin pour parler et se faire entendre. Il est important de se rappeler que lorsque l’on discute de cas de violence sexuelle, la sobriété, les vêtements et la sexualité d’une survivante n’ont aucune pertinence. L’agresseur est l’unique cause de l’agression et doit assumer seul la responsabilité qui lui incombe. Coupez court aux discours blâmant les survivantes et rejetez l’idée selon laquelle il revient aux femmes d’éviter des situations qui pourraient être considérées comme « dangereuses » selon les normes traditionnelles (1). Les exemples que nous donnons aux jeunes générations modèlent leur façon de penser en matière de genre, de respect et de droits de l’homme. Engagez la conversation sur les rôles sexospécifiques tôt et remettez en question les spécificités et les caractéristiques traditionnelles attribuées aux hommes et aux femmes. Mettez en avant les stéréotypes que les enfants rencontrent continuellement, que ce soit dans les médias, dans la rue ou à l’école, et faites-leur savoir qu’il est normal d’être différent. Favorisez une culture d’acceptation. Discutez du consentement, de l’autonomie corporelle et de la responsabilisation des garçons et des filles, et écoutez aussi ce qu’ils ont à dire sur leur expérience du monde. En tenant les jeunes défenseurs informés et en les éduquant sur les droits des femmes, nous pouvons construire un avenir meilleur pour toutes et tous (2). Les services destinés aux survivantes sont des services essentiels. Cela signifie que les refuges, les numéros d’urgence, les aides psychologiques ainsi que tous les services de soutien aux survivantes de violences basées sur le genre doivent être disponibles pour les personnes dans le besoin, même pendant la pandémie de coronavirus (3). Librement donné, le consentement enthousiaste est obligatoire, à chaque fois. Plutôt que d’attendre un « non », assurez-vous qu’il y a un « oui » actif de la part de toutes les parties concernées. Adoptez le consentement enthousiaste dans votre vie et parlez-en. Les expressions comme « elle l’a cherché » ou « les garçons seront toujours des garçons » tentent de créer la confusion autour de la question du consentement sexuel, en rejetant la faute sur les survivantes et en permettant aux agresseurs de se justifier (4). Il existe de nombreuses formes d’abus et toutes peuvent avoir de graves effets sur les plans physique et émotionnel. Si vous vous inquiétez pour une amie susceptible d’être victime de violences ou de se sentir en danger avec quelqu’un, réfléchissez à ces signes et découvrez comment l’aider à trouver un refuge et un soutien. Si vous pensez que quelqu’un vous maltraite, vous pouvez obtenir de l’aide. Vous n’êtes pas seule (5). La violence à l’égard des femmes et des filles est une violation des droits humains qui se perpétue depuis des décennies. Elle est omniprésente, mais pas inévitable, à moins que l’on ne garde le silence. Affichez votre solidarité avec les survivantes ainsi que votre position dans la lutte pour les droits des femmes en orangeant votre profil sur les réseaux sociaux pendant les 16 Jours d’activisme (6). La culture du viol est l’environnement social qui permet de normaliser et de justifier la violence sexuelle, alimenté par les inégalités et les attitudes persistantes en matière de genre et de sexualité. La première étape du démantèlement de la culture du viol consiste à lui donner un nom. Chaque jour, nous avons l’occasion d’examiner nos comportements et nos croyances et d’identifier des préjugés qui permettent à la culture du viol de perdurer. Pensez à la façon dont vous définissez la masculinité et la féminité, et à la manière dont vos propres préjugés et stéréotypes vous influencent. Qu’il s’agisse de notre attitude face aux identités de genre ou des politiques que nous soutenons dans nos communautés, nous pouvons toutes et tous agir contre la culture du viol (7). Faites un don aux organisations locales qui autonomisent les femmes, font entendre leur voix, aident les survivantes et favorisent l’acceptation de toutes les identités sexuelles et sexualités (8). La violence peut prendre de nombreuses formes et inclut le harcèlement sexuel sur le lieu de travail et dans l’espace public. Prenez position en la décriant lorsque vous la voyez : les sifflements, les commentaires sexuels inappropriés et les blagues sexistes ne sont jamais acceptables. Créez un environnement plus sûr pour tout le monde en appelant vos pairs à réfléchir à leur propre comportement et en n’hésitant pas à intervenir lorsque quelqu’un dépasse les limites, ou en demandant de l’aide à autrui si vous ne vous sentez pas en sécurité. Comme toujours, soyez à l’écoute des victimes et assurez-vous qu’elles reçoivent le soutien dont elles ont besoin (9). Pour lutter efficacement contre la violence basée sur le genre, nous devons comprendre l’étendue du problème. La collecte de données pertinentes est essentielle à la mise en œuvre de mesures de prévention efficaces et à la mise en place d’un soutien approprié pour les victimes (10).

Sources bibliographiques : Documentation ONU Femmes sur les violences à l’égard des femmes ; Rapport national du Togo sur la mise en œuvre de la déclaration et du programme d’actions de la 4ème conférence mondiale sur les femmes (Beijing +20).

Samiroudine OURO SAMA, Juriste et Acteur de la Société Civile ; Président du Conseil d’Administration de l’Association ICJ-VE Togo, Alumni CRL YALI DAKAR.

Publié par Achiraf ALI

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